Journée riche en émotion
Par Gaïdig, mercredi 16 août 2006 à 20:30 :: Carnet de voyage :: rss
Ce matin chacune aura une occupation différente. MC a « pris rendez-vous » avec Henriette pour faire tresser. AL part une dernière fois au CRENI. Gaïdig aurait bien aimé l’accompagner mais l’énorme fatigue déjà présente la veille ne s’étant pas résorbée, mieux vaut rester dormir. A midi AL nous apprend que le CRENI a reçu du lait ce matin. Mais pas d’effusion de joie : il n’y a qu’un seul carton. Le reste arrivera normalement de Niamey dans quelque jours.
Avant le repas nous sommes invitées chez Salé. Henriette nous y accompagne. Salé aurait aimé nous montrer un film sur son ordinateur. Mais celui-ci ne marche plus depuis que des jeunes s’en sont servis : ne sachant pas l’éteindre ils débranchaient tout après chaque utilisation ! Quand nous parlons de l’éducation il nous explique qu’il y a eu deux années blanches ces quinze dernières années. Quand on parle d’ « année blanches » cela signifie qu’il y a eu moins de trois mois de cours. Tous les ans les professeurs ou mêmes les élèves font fréquemment grève. Les raisons sont diverses : pas de paye, envie de vacances, …Quant il n’y a pas d’école, les jeunes traînent, boivent du thé, attendent... Si ça dure longtemps certains partent pour travailler, mais cela reste rare. De plus quand les cours sont donnés ce sont généralement par des contractuels qui n’ont que le brevet. Les diplômés ne peuvent pas enseigner, les places étant déjà prises. Alors forcément quand on a la chance d’aller à l’école l’éducation que l’on reçoit n’est pas forcement correcte. Par exemple alors que les cours doivent obligatoirement être donnés en français Epiphane ne savait toujours pas le parler correctement à 18 ans. Heureusement ses amis l’ont aidée à combler ses lacunes.
Pendant la sieste AL part discuter avec JB. Il n’a que 15 ans et pourtant sa sagesse est impressionnante. Il a du mal à remplir ses trois mois de vacances. « C’est trop long, il n’y a rien n’a faire ici ». Il n’a pas grand espoir pour la suite. Heureusement ses rêves le sauvent : après avoir souhaité être cosmonaute, sous-marinier, et archéologue, il veut maintenant devenir footballeur. Cette idée le « sauve », le pousse à continuer d’espérer. Il n’y a pourtant selon lui aucun avenir ici, il doit « accepter » cela. Quand AL lui répond que c’est injuste, il réplique « on ne choisit pas ». Même coté cœur ce n’est pas facile. Les filles sont trop attirées par l’argent et n’hésitent pas à aller voir ailleurs. Il est pauvre, comment satisfaire leur envie ? Il faut pourtant essayer d’avancer. Seulement entreprendre quelque chose ici signifie être montré du doigt. Il faut rester dans les rangs, ne pas faire de vague. Du coup on reste chez soi, on joue aux cartes, on prend le thé… Quand AL évoque l’idée d’un départ il répond « pour aller où ? ». Même à la maison l’ambiance est tendue. Les jeunes enfants se font chicotter =frapper. Pour lui c’est fini depuis trois ans, pour Epiphane depuis qu’il a 15 ans. A chaque erreur on se fait frapper vingt fois sur les mains avec une plaque de bois. Si jamais l’enfant enlève ses doigts, on recommence les vingt coups. AL lui demande à quoi il aspire. « Pouvoir aider les autres, ceux qui sont plus pauvres ». Lui qui n’a rien voudrait soutenir ceux qui ont encore moins. Que dire… Ca donne à réfléchir. Sa détresse et son fatalisme sont bouleversants. Il faudrait donner les moyens à ces jeunes de réaliser leur projets. Ainsi le pays pourrait avancer, l’espoir pourrait renaître. Que répondre quand on entend « des fois je me demande même pourquoi je suis venu au monde ».
Nous nous rendons ensuite chez Ghamar. Nous comprenons que l’avenir ici est difficile même pour ceux qui fond des études. Sortis de l’école ils chôment puisque les places sont réservées au fils de…, à l’oncle de …, au neveu de … Depuis trente ans les postes les plus importants sont occupés par les mêmes personnes. Ces derniers empêchent toute évolution. Les élections sont truquées. De plus ils cherchent à limiter le développement de l’éducation des jeunes : ce serait trop dangereux, ils chercheraient probablement à se révolter. Or comment un « ignorant » pourrait protester ? Aujourd’hui celui qui ose dénoncer la corruption est tué ou emprisonné. La démocratie est loin d’être acquise. Ici quand on apporte de l’aide il faut chercher à avoir le moins d’intermédiaires possible puisque le gouvernement se fiche du peuple. Il réclame de l’aide puis accapare l’argent. C’est rare que ce qui est donné arrive jusqu’à la population.
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